Le sujet voué à la répétition
:: Articles :: #12 :: :: PDFC’est avec cette formule que les personnes victimes d’un traumatisme psychique expriment le changement radical opéré dans leur vie. Le ou les évènements qu’ils ont vécus paraissent avoir infléchi significativement leur trajectoire d’existence. Le concept d'état de stress post-traumatique (ESPT), bien que contestable d'un point de vue sémantique, présente l'avantage de regrouper toute une constellation symptomatique qui va bien au-delà du seul et pathognomonique syndrome de répétition pour prendre en compte la totalité des troubles qui peuvent résulter du traumatisme psychique.Plus rien n’est comme avant !
Harcelé par les cauchemars
Pour un certain nombre de sujet, l’après coup du traumatisme est comme si plus rien ne pouvait bouger. La symptomatologie est figée. Le sujet paraît fixé, rivé sur l’événement vécu sans pouvoir s’en détacher. C’est par exemple le cas de cette jeune femme victime d’un viol. Elle fait des cauchemars itératifs qui reprennent électivement la scène de l’agression. Elle se lève le matin avec la même envie d’en finir avec la vie, seule façon de se soustraire à son cauchemar. Elle dit qu’elle veut oublier cette histoire, qu’elle souhaiterait vivre normalement, qu’elle ne comprend pas ce qu’elle continue de payer chaque nuit, dans ces cauchemars, à être ainsi convoquée devant le regard de l’homme qui l’a violée. Elle précise : ce n'est pas le viol qui est le pire, mais la contrainte de le revivre chaque nuit. Cette observation Elle démontre aussi l’impact de la narration du traumatisme sur les membres de l’entourage, et les conséquences pour le sujet d’un repérage encore fragile.
Une procédure qui n’en finit pas et l’enchaînement des accidents somatiques
Parfois l’évolution est figée parce que les procédures médico-légales répétées ne laissent pas le sujet se détacher de son traumatisme. C’est le cas de ce jeune homme pris en otage et placé comme écran humain entre les ravisseurs retranchés et les forces de l’ordre à l’extérieur. Une balle le blesse à la jambe lors de l’assaut. Il parvient à s’enfuir pour être ensuite évacué et soigné sur un hôpital. Quelques années après, il a présenté deux graves épisodes d’embolie pulmonaire qui ont constitué les circonstances déclenchantes d’un syndrome de répétition traumatique. Il demande aujourd’hui réparation, d’autant plus amer qu’il a été blessé par les forces de police. Mais il ne parvient pas à faire valoir le lien entre la plaie du creux poplité et les embolies pulmonaires, les experts faisant valoir un trouble congénital de la crase sanguine. Sa vie est faite d’une succession d’épisodes d’hospitalisation en service de réanimation puis de pneumologie. Sorti de l’hôpital, il va d'expert en expert, attend les conclusions du tribunal des pensions, puis des différentes instances de recours. Par ailleurs, il milite dans l'association des victimes de cette prise d'otage. Chacun de ces temps ravive la marque traumatique et se traduit par une recrudescence symptomatique du syndrome de répétition.
P.C.

