Lazare, le miraculé
:: Articles :: #13 :: :: PDFSon histoire se structure en trois séquences.
Dans la première séquence, on ne le voit pas. Une femme parle. Elle accourt vers Jésus pour le supplier d’une intervention miraculeuse qui seule peut guérir son frère. L’évolution naturelle de sa maladie ne peut être que le trépas. Elle le dit condamné. Il n’est pas mort, pas encore, mais c’est pour bientôt. Son entourage parle de lui comme d’un être voué à disparaître. Certes pour le déplorer, mais personne n’envisage qu’il puisse guérir. Lazare n’est déjà plus du monde commun. Il se tient dans un espace incertain qui n’est plus celui des vivants et pas encore celui des morts.
La deuxième séquence est celle où Jésus arrive sur place. On lui annonce que l’homme est mort et enterré depuis quatre jours. Les rituels de deuil ont été accomplis selon la coutume. Sa dépouille a été déposée dans une grotte qui fait office de caveau. À l’extérieur, sa famille le pleure. Puis le miracle s’opère : Lazare se réveille et sort, encore entravé des bandelettes funéraires.
La troisième séquence témoigne d’une profonde perturbation de son identité et de ses relations sociales. D’abord, on apprend que cet homme, à son insu, dérange l’ordre établi. Il a bénéficié d’un miracle, il en est devenu le symbole. Ce nouveau statut lui donne une influence qu’il incarne malgré lui. Et comme cela pourrait affaiblir le pouvoir institutionnel, les autorités envisagent de le mettre à mort. Il est donc condamné, à nouveau. Comme s’il ne pouvait échapper à son destin initial. Ensuite, il est devenu une curiosité. La foule afflue pour venir le voir. Observer le phénomène. Sa vie en est bouleversée. Il ne peut plus vivre dans son village. Il a intégré le cortège des disciples de Jésus. Peut-il être maintenant autre chose que le miraculé, l’homme revenu d’entre les morts ?
D’une certaine manière, Lazare n’existe plus, du moins le Lazare d’avant le miracle. Avant d’être malade, il était probablement un homme installé avec son métier au sein du village, avec sa vie de famille. Aujourd’hui, il n’est plus regardé de la même manière, et très probablement ne voit-il plus le monde de la même manière. Le Lazare d’après le miracle est devenu un phénomène de foire, un monstre au sens étymologique. Il n’exerce plus sa profession. Il est menacé par des autorités sans en comprendre la raison pour des faits survenus en dehors de sa volonté. Sédentaire, il est devenu nomade. D’un mode de vie réglé, il est passé à un rythme de vie chaotique et incertain.
P.C.

